Jean-Philibert Mabaya : « Je suis le meilleur candidat, sans ambition démesurée »

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui vous a finalement décidé à vous présenter ?

Jean-Philibert Mabaya : Je vais vous faire une confidence. Début août, j’ai rendu visite à un responsable onusien à Kinshasa. Ce dernier traitait les politiques congolais de « voyous ». Je ne l’ai pas supporté et je lui ai clairement dit qu’il existe encore, en RDC, d’autres personnes que celles qu’il était en train de décrire. Ce jour-là, j’ai compris qu’il fallait faire quelque chose pour le pays. Cela a été un élément déclencheur.

D’autant que j’ai vu défiler tous les candidats et je n’ai pas vu celui qui pouvait rassurer les Congolais sur le plan de sa formation, de son savoir-faire et de son savoir-être. C’est pourquoi je me présente pour influencer les choses. Sinon, le pays risque de revivre la même chose. Tout va mal en RDC.

Vous estimez-vous suffisamment connu à travers le pays pour prétendre à la magistrature suprême ?

Entre 1975 et 1985, j’étais cheminot. J’ai parcouru pratiquement tout le territoire national. J’ai l’impression d’y avoir laissé de très bons souvenirs. La preuve : depuis que j’ai annoncé ma candidature, je reçois des appels de soutien de partout. Et puis, je suis sénateur. Beaucoup de collègues veulent travailler avec moi, je dispose de personnes-ressources de partout. Lorsque je vais réveiller toutes mes cellules dormantes, on va s’apercevoir que j’ai une assise nationale solide.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats ?

Mon principal atout, c’est mon savoir. Cela me permet d’avoir une vue très large sur tout ce qui peut se faire dans le pays. Ensuite, grâce aux stages, formations, séminaires et conférences, j’ai été partout dans le monde.

Un président de la République doit aussi savoir faire et savoir faire faire. J’étais chef d’entreprise, je sais comment m’y prendre. J’ai eu à diriger des médecins, des ingénieurs, des juristes… En fait, je suis le meilleur candidat pour diriger la RDC. Sans ambition démesurée. Nous aurons marqué la différence entre ceux qui ont géré le pays et moi. Je serai réellement le premier universitaire formé, disposant d’une expertise pour pouvoir conduire la RDC comme il se doit, avec des idées bien claires.

D’autres candidats en lice, à l’instar d’Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin du président Kabila, sont également universitaires…

M. Ramazani Shadary est candidat comme moi. Il n’a pas encore dirigé le pays.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) persiste dans son choix de recourir à la machine à voter. Quel est votre opinion sur cette question qui divise la classe politique ?

La machine à voter ne rassure pas. D’abord parce que Jeune Afrique a publié des enregistrements sonores d’une réunion de la majorité au pouvoir, tenue à l’Hôtel du Fleuve. On y a entendu entre autres certains dire que la machine à voter allait les aider à remporter les élections… Même s’il n’y aurait pas de fondement réel, ce qui s’y est dit est resté dans la tête de tous les Congolais.

J’aurais pu être le premier à soutenir la machine parce que les avantages sont énormes. J’ai été la voir de très près et je me suis dit que c’est le meilleur système. Mais lorsque j’ai appris ce qui s’était dit à l’Hôtel du Fleuve, j’ai compris que c’était un piège.

La machine à voter ne servirait donc pas qu’à imprimer des bulletins de vote, comme s’en défend la Ceni ?

Qu’on nous le prouve qu’il s’agit simplement d’une machine à imprimer. À mon avis, ne fut-ce que sur le plan psychologique, si nous souhaitons vraiment un climat apaisé après ces élections et que les vainqueurs puissent réellement diriger le pays, nous avons intérêt à abandonner la machine à voter.

Lors de la présentation de votre programme, vous avez également indiqué que vous serez en mesure de mobiliser 10 milliards de dollars des recettes internes et 2 milliards des recettes externes, une fois élu. Avez-vous une baguette magique ?

En fait, cette somme existe déjà. Nous ne ferons que la canaliser dans le Trésor public. C’est d’une logique implacable. Tenez, le gouvernement de Kabila reconnaît lui-même qu’il y a une fuite de 15 milliards de dollars de recettes. Nous, nous n’allons pas permettre le coulage de celles-ci. La première année va non seulement servir à boucher tout ce robinet mais également à prévoir la deuxième année. Nous allons nous donner une discipline pour atteindre une croissance économique de 12 %.

Comment résumeriez-vous en une phrase les dix-sept ans de règne du président Kabila ?

C’est une descente aux enfers.

Pourquoi vous à la place de Kabila ?

Parce que je serai réellement au service de mes compatriotes. En RDC, nous avons tout. Ce qui nous manque, c’est le courage et la volonté politique.

 

Jeune Afrique