Les sombres perspectives économiques de la Commission européenne

Les dirigeants européens qui doivent se réunir, jeudi 9 mai à Sibiu (Roumanie), pour parler de l’avenir de l’Union européenne (UE), auraient sans doute préféré partir avec des prévisions économiques de meilleur augure. Celles que la Commission européenne a présentées, mardi 7 mai, n’ont rien de rassurant.

Elles confirment un ralentissement très nettement perceptible, notamment en Allemagne, et la montée des périls. Pour la deuxième fois consécutive, l’institution communautaire abaisse ses perspectives de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour 2019 à 1,4 % désormais pour l’ensemble de l’UE, et à 1,2 % pour la zone euro. En février, elle prévoyait encore 1,5 % de croissance pour l’UE et 1,3 % pour la zone euro.

Tensions entre Pékin et Washington

En cause, essentiellement, le ralentissement de la croissance chinoise et les incertitudes liées au commerce mondial, à commencer par les risques d’escalade protectionniste entre la Chine et les Etats-Unis. Le Brexit, qui n’a toujours pas eu lieu faute de majorité politique au Royaume-Uni sur un traité de divorce, n’arrange rien. « Les risques qui entourent [nos] perspectives restent élevés », prévient Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission pour l’euro et le dialogue social.

« Sur le plan extérieur, ils ont trait à une aggravation des conflits commerciaux ainsi qu’à la faiblesse des marchés émergents, en particulier la Chine. En Europe, nous devrions rester attentifs à l’éventualité d’un “Brexit sans accord”, aux incertitudes politiques et à un possible retour du cercle vicieux entre emprunteurs souverains et banques », ajoute le politique letton.

Depuis Washington, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a elle aussi jugé « impératif » mardi que les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis s’apaisent : « Elles représentent une menace sur l’économie mondiale », a-t-elle estimé.

La situation allemande inquiète tout particulièrement à Bruxelles. Le modèle de la première économie européenne est sous pression : tournée vers l’exportation, et encore très dépendante de son industrie automobile en pleine mutation, elle n’a cessé de ralentir ces derniers mois. Mardi, la Commission a confirmé qu’outre-Rhin, le PIB ne pourrait croître que d’un tout petit 0,5 % en 2019. Berlin prévoyait encore le double en janvier, presque quatre fois plus en octobre 2018 (1,8 %).

L’Italie, le « maillon faible »

L’Italie reste considérée comme le « maillon faible » de la zone euro, avec une croissance atone (+ 0,1 % en 2019), un déficit public bien au-delà des recommandations liées au Pacte de stabilité et de croissance (- 2,5 % du PIB en 2019 et même - 3,5 % en 2020) et, surtout, une dette publique toujours considérable (133,7 % du PIB), la plus forte de la zone euro après celle de la Grèce (174,9 % du PIB). Bruxelles avait réussi à calmer le jeu avec le gouvernement populiste (du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue, d’extrême droite) à l’automne 2018, mais les tensions pourraient reprendre juste après les élections européennes, début juin, quand la Commission publiera ses « recommandations » pays par pays.

Lundi 6 mai, Sebastian Kurz, le chancelier autrichien, n’a pas hésité à montrer du doigt la situation transalpine, dans un entretien à la Stampa : « L’Italie risque de menacer l’ensemble de la zone euro si l’Union européenne ne durcit pas ses règles en matière d’endettement public excessif. »

Est-ce un moyen, pour le jeune dirigeant, qui gouverne en coalition avec le parti d’extrême droite FPÖ, de mettre en garde contre une alliance des populistes (italiens, autrichiens, hongrois....), à droite de sa famille politique européenne, les conservateurs du PPE ? Des sanctions pour les pays européens surendettés « empêcheront l’Italie, par exemple, de finir comme une deuxième Grèce à cause de politiques d’endettement irresponsables », a fait valoir le chancelier au quotidien italien. C’est le seul moyen « d’éviter que l’Italie ne mette toute la zone euro en danger », a-t-il ajouté.

« Nouvelles réformes propices à la croissance »

En comparaison, la situation française paraît nettement plus enviable, avec une croissance dans la moyenne haute cette année (1,3 % du PIB). Une prévision quasiment équivalente à celle de la Banque de France, qui table sur une hausse de 1,4 % en 2019. En revanche, l’Hexagone reste en queue de peloton européen pour son déficit public (encore 3,1 % du PIB prévu en 2019), ce qui laisse peu de marges de manœuvre au gouvernement Philippe pour réaliser la promesse du président Macron de réduire l’impôt sur le revenu des Français. Quant à la dette publique, elle devrait continuer à se rapprocher dangereusement des 100 % du PIB, à 99 % cette année.

Ce tableau général préoccupant donnera-t-il des arguments aux tenants des réformes en zone euro ?

« L’économie européenne tient bon face à une conjoncture mondiale moins favorable et à des incertitudes persistantes. Nous devrions toutefois nous tenir prêts à apporter davantage de soutien à l’économie si nécessaire, en parallèle avec de nouvelles réformes propices à la croissance », a prévenu le commissaire à l’économie Pierre Moscovici.

Le Conseil européen de fin juin pourrait à cet égard constituer un rendez-vous important : les dirigeants de l’Union devraient enfin y décider des modalités pratiques pour l’embryon de budget de la zone euro validé fin 2018. A condition que les Pays-Bas et la dizaine de petits pays qu’ils fédèrent ne continuent pas à torpiller ce projet porté par la Commission Juncker et le président Macron.

 

Le Monde.