Sahle-Work Zewde, première femme présidente de l'Ethiopie

Née à Addis Abeba, âgée de 68 ans, elle a salué, lors de son discours d’investiture, les réformes réalisées par le nouveau Premier ministre Abiy Ahmed, entré en fonction en avril, et plus particulièrement le choix récent de ce dernier de nommer un gouvernement dont la moitié des postes est occupé par des femmes, dont les ministères de la Défense et le nouveau ministère de la Paix, chargé de chapeauter la police fédérale et les services de renseignements. L’Ethiopie est le deuxième pays africain après le Rwanda à établir la parité au gouvernement, ce que très peu de pays dans le monde ont, par ailleurs, réussi à imposer.

"Si les changements réalisés actuellement en Ethiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur élan aboutira à une Ethiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée sur le genre", a déclaré Sahle-Work Zewde. "Les femmes sont les premières victimes de l'absence de paix", a-t-elle ajouté.

Des femmes justement, elle a décidé d’en faire sa priorité, donnant le ton pour les six ans à venir : "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation des femmes, car c'est une source d'instabilité".

Diplomate

Sahle-Work Zewde a une carrière de diplomate bien remplie et longue de trente ans à l’échelle nationale, régionale et internationale, et a occupé de hauts postes au sein des Nations Unies. Elle a été la première femme à devenir représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres auprès de l'Union africaine (UA) en juin 2018, poste qu’elle occupait jusque-là. Première femme aussi à diriger le bureau des Nations Unies à Nairobi au Kenya, sous la présidence de Ban Ki-moon. Elle a été aussi ambassadrice en France (entre 2002 et 2006), à Djibouti, au Sénégal, et la représentante permanente de l'Éthiopie auprès de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), le bloc régional est-africain.

Sahle-Work Zewde a fait une partie de ses études à Montpellier où elle a étudié les sciences naturelles. Elle parle couramment l’amharique, la langue officielle et la plus répandue en Ethiopie, le français et l’anglais.

Dans son pays, elle a été la directrice Afrique du ministère éthiopien des Affaires étrangères, poste qu’elle a quitté en 2006. Dans ses nouvelles fonctions, elle semble vouloir s’inscrire dans les pas du Premier ministre, qui concentre tous les pouvoirs. Depuis sa nomination, celui-ci a multiplié les réformes majeures, libérant des milliers de dissidents et de journalistes, faisant la paix avec le voisin ennemi, l’Erythrée, et annonçant la privatisation de grandes compagnies publiques.

Montée en puissance des femmes africaines

Se faire une place en politique sur le continent africain reste une exception, même dans les pays les plus développés. L’Union africaine a fait des années 2010 à 2020, la "décennie des femmes africaines". La parité dans le processus politique et électoral a été l’un des axes prioritaires de ce mécanisme panafricain. Depuis, la montée en puissance des femmes politiques au sein des institutions gagne en visibilité et en influence.

Fin septembre, Soham El Wardini, a pris les rênes de la capitale sénégalaise, Dakar, après l’incarcération de celui dont elle était la première adjointe le maire, Khalifa Ababacar Sall. Une première.

Kamissa Camara, 35 ans, est devenue la plus jeune femme ministre du Mali en occupant un des maroquins les plus stratégiques du gouvernement, celui des Affaires Etrangères. Le Zimbabwe a promu Kirsty Conventry, 34 ans, à la tête du ministère des sports. Au Botswana, enfin Bogolo Joy Kenewendo, a été nommée ministre des Investissements, du Commerce et de l’Industrie.

Anaïs Angelo, chercheuse spécialisée sur les présidences africaines de l’Université de Vienne souligne que la croissance de la représentation féminine dans les institutions d’Etat en Afrique subsaharienne est l’une des plus rapides au monde. Elle explique que cela résulte de l’introduction de quotas paritaires. "Alors qu’en 1960, les femmes ne représentaient que 1% des parlementaires, la moyenne est d’aujourd’hui de 23,8% pour l’Afrique subsaharienne, avec des variations nationales importantes, et talonne les 27,5% des pays européens", écrivait-elle sur le site The Conversation en 2017. 

 

L'Obs